A M. le Président de la République Française
Jacques Chirac
Palais de l'Elysée
F - Paris
Monsieur le Président ,
Face à une guerre qui menace d'avoir des conséquences très graves pour la sécurité et la coopération internationale, l'Europe n'a jamais autant frôlé le risque d'éclatement et donc, de vanification d'un projet vieux de plus de cinquante ans, véritable point de référence pour le futur des peuples européens.
De cette division de l'Europe résulte l'incapacité de faire valoir les
raisons de la paix et de la politique qui ont, pourtant, trouvé le
consensus d'un grande majorité de la population mondiale. Les Etats
européens sont impuissants face à une situation politique internationale
déséquilibrée où la seule superpuissance restée en lice, ne pouvant assumer tout le poids des responsabilités que les problèmes mondiaux lui imposent, se réfugie dans l'épreuve de force militaire pour masquer sa propre faiblesse politique .
La position que vous avez adoptée (de concert avec le Chancelier Schroeder) face à l'attitude américaine est, sans aucun doute, une preuve de grande claivoyance et de conscience que seuls des solutions politiques peuvent conjurer les dangers d'un désordre mondial. Mais cette claivoyance se heurte au problème du pouvoir : seul un nouveau centre de pouvoir peut donner une crédibilité à une politique différente de la politique américaine, et ce pouvoir ne peut être que celui de l'Europe.
Il n'y a qu'une seule voie à suivre pour créer ce pouvoir européen : comme cela s'est toujours avéré par le passé, un leadership doit se manifester, un leadership décidé à assumer cette responsabilité; et la France (avec à ses côtés l'Allemagne et les pays du Bénélux ainsi que, dans le passé, l'Italie) n'a jamais manqué d'assurer, dans les moments critiques du processus, ce rôle de leader.
Les fédéralistes vous demandent donc, Monsieur le Président, d'assumer cette tâche historique et de manifester la volonté de la France de porter à son terme le processus commencé il y a plus de cinquante ans, en invitant les pays fondateurs à donner le jour à un premier Etat fédéral ouvert à tous les pays qui désireront y adhérer ; ce n'est que dans le cadre d'un Etat Fédéral européen, doté de ses propres moyens pour mener sa propre politique étrangère et de défense, qu'il sera possible de récupérer la souveraineté de la France et des autres pays européens.
C'est ce qu'attend de vous la grande majorité de l'opinion publique
française et européenne qui, pour cela, est prête à vous soutenir.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.Milan, le 2 avril 2003
Paolo Lorenzetti
Coordonnateur
Comité pour l'Etat fédéral européen